Quand la saine alimentation devient une obsession

orthorexie audrey c.

En jetant un coup d’œil autour de nous, on prend conscience qu’on est constamment bombardé d’informations sur l’alimentation et la santé. Bien entendu, notre société ainsi que les médias jouent un rôle important dans la propagation de ce phénomène, cette propagande liée au mode de vie sain est promue via les sites internet, les réseaux sociaux, les magazines, les journaux, etc. Généralement, porter un intérêt envers la saine alimentation est bénéfique pour notre santé. Cependant, une alimentation saine peut devenir malsaine pour certains individus, lorsque celle-ci ne procure plus seulement que des bienfaits, mais entraîne également des conséquences négatives sur la santé physique et mentale.  Cette condition s’appelle l’orthorexie. 

En quoi consiste exactement l’orthorexie?

Le terme orthorexie est officiellement apparu en 1997 pour décrire une préoccupation alimentaire que l’on observe de plus en plus et qui s’apparente à l’anorexie. Ce terme provient de la fusion de deux mots latins, soit orthos (droit, correct) et orexis (faim, appétit). Steven Bratman a été le premier à décrire cette problématique comme une «fixation sur l’alimentation saine», afin d’éviter une mauvaise santé et des maladies. On estime qu’environ 7% de la population en serait atteinte. Cette prévalence élevée serait une conséquence directe des tendances dont on fait la promotion dans nos sociétés,  soit l’importance accordée à l’apparence, mais surtout l’impact de l’alimentation sur la santé. Par contre, puisqu’il n’y a encore aucun consensus entourant la définition de l’orthorexie ainsi que les critères associés, elle n’est pas officiellement considérée comme un trouble alimentaire dans le DSM-V (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). Le comment et le pourquoi menant à l’orthorexieTout commence par un intérêt concernant la saine alimentation, le problème s’installe lorsque l’intérêt se tourne en une obsession malsaine. Les individus orthorexiques sont généralement préoccupés par la qualité, par opposition à la quantité de nourriture dans leur alimentation. Ils ont une obsession pour les aliments qui sont dit «sains et purs», ils vont donc limiter leur alimentation à des aliments considérés comme «bons» et éviter à tout prix ceux considérés comme «mauvais». Ces individus prennent énormément de temps à planifier, à acheter, à préparer et à manger leur repas, ce qui interfère avec les autres aspects importants de leur vie. Ils examinent la provenance, la méthode de transformation et d’emballage des aliments vendus dans nos supermarchés. De plus, en dehors des repas, ces individus consacrent du temps supplémentaire à rechercher et classifier les aliments, à la pesée et à la mesure des aliments, à la planification des repas, etc. Leur but est principalement relié à la santé, plutôt qu’à la perte de poids (malgré que parfois les deux peuvent être présents).

Les personnes souffrant d’orthorexie ont l’habitude d’éviter les aliments contenant certaines caractéristiques nutritionnelles, par exemple, des aliments jugés trop sucrés, salés ou gras, contenant des agents artificiels ou de conservation, des produits génétiquement modifiés, etc. Elles catégorisent les aliments en utilisant des données réelles (ex. les oméga-3 sont bons pour la santé cardiovasculaire, etc) ou bien simplement des croyances ou règles inventées par elles-mêmes. La méthode (ex : méthode de cuisson) et le matériel (ex : plaque de bois exclusivement) utilisés dans la préparation des aliments peuvent aussi faire l’objet d’une obsession.

Conséquences…

Évidemment ces comportements extrêmes apportent des conséquences autant au niveau nutritionnel que psychologique.  Par exemple, si ces individus deviennent trop restrictifs dans leur alimentation, ils peuvent présenter des carences nutritionnelles reliées à l’omission de groupes alimentaires. Les orthorexiques peuvent perdent la capacité de manger intuitivement, de savoir quand ils ont faim ou quand ils sont rassasiés.  Au niveau psychologique, une frustration intense est ressentie lorsque leurs pratiques ou rituels alimentaires sont perturbés. Par exemple, s’ils succombent à la tentation, un sentiment de culpabilité intense se crée et cela peut même mener l’individu à s’auto-punir en s’obligeant une alimentation encore plus stricte ou à l’extrême une «purification» via des jeûnes soit disant purifiants. Ces individus sont aussi plus à risque d’isolement social et peuvent se sentir supérieurs aux autres à cause de leurs choix alimentaires, limitant ainsi leurs interactions avec ceux qui n’agissent pas comme eux. On peut supposer que, par exemple, manger chez des amis ou au restaurant devient difficile et source d’anxiété puisque la personne ne peut connaître tous les ingrédients ni les méthodes de préparation de la nourriture! La qualité de vie tend à diminuer, car ces personnes renoncent à des activités sociales impliquant de la nourriture.  Cela peut même avoir un impact au niveau des valeurs personnelles et des choix de vie de la personne (activités sociales, amitiés, carrières…).  Ces conséquences ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres….

Existe-t-il un traitement?
À ce jour, il n’y a pas de ressource spécifique pour le traitement de l’orthorexie et il est difficile de trouver des professionnels formés dans ce domaine.

Selon l’Association nationale des troubles alimentaires (National Eating Disorders Association), en premier lieu, l’orthorexique doit admettre qu’il a un problème, puis identifier ce qui cause l’obsession. Il doit également devenir plus flexible dans son alimentation. Travailler au niveau des questions émotionnelles facilitera la transition vers une alimentation normale. Bien que l’orthorexie ne soit pas une condition diagnostiquée par un médecin, le rétablissement peut nécessiter une aide professionnelle. Un professionnel qualifié dans le traitement des troubles alimentaires s’avère un choix judicieux.

Dans ce contexte, le discours entourant le plaisir de manger, comme manger en famille et entre amis prend tout son sens.  De plus, un message entourant une alimentation qui inclut aussi la notion de plaisir devrait être présent lorsqu’on fait la promotion de la saine alimentation. Manger ne doit pas devenir une activité désagréable et, surtout, elle ne doit pas prendre davantage de place dans notre vie que les autres choses qui nous tiennent à cœur!

Pour plus d’informations sur le sujet :

http://ici.radio-canada.ca/tele/entree-principale/2016-2017/segments/chronique/15129/orthorexie-trouble-sante

signature audrey c.

Références

 1)      Le centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal (Extenso). Qu’est-ce que l’orthorexie. URL : http://www.extenso.org/article/qu-est-ce-que-l-orthorexie/ Consulté le 4 février 2017.2)

2) The National Eating Disorders Association (NEDA). Orthorexia Nervosa. URL : https://www.nationaleatingdisorders.org/orthorexia-nervosa Consulté le 3 février 2017.3)

3) Koven NS, Abry AW. The clinical basis of orthorexia nervosa: emerging perspectives. Neuropsychiatr Dis Treat. 2015; 11: 385–394.4)

4) Gaudreau-Pollender  Martin et Pilon Geneviève (2012). Othorexie : Quand l’alimentation passe de l’«oral» à la «morale». Psychologie Québec. [Format électronique]. Vol. 29, no 05, p.33-35

Référence image : Pixabay