La fois où je suis devenue presque de fer…

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Le triathlon, ce sport qui en fait en est trois et qui sait nous faire vibrer selon la distance qui nous convient, prend d’assaut notre mode de vie, mais surtout réussit à nous faire sortir de notre zone de confort afin de se dépasser sans pareil.  Ce sport aussi complet que complexe qui m’anime depuis près de 4 ans déjà. L’an passé je m’étais donné comme objectif de faire un demi Ironman et voilà qu’après 1 an de dur labeur et de compromis, j’ai enfin pu mettre à profit, toutes ces heures d’entraînements à Gilford au New Hampshire.

Récit d’aventure d’une presqu’athlète en quête de défis…


Timberman, voilà le nom donné à mon monstre d’épreuve que j’ai pourtant choisi de faire. Une fois inscrit, on pense que le plus difficile est dernière nous, mais c’est à ce moment que le reste de l’iceberg fait surface. L’épreuve : 1.9 Km de natation, 90 km de vélo, 21,1 km de course à pied. Voilà ce dans quoi je me suis embarquée tête première, mais avec une certaine excitation. La date butoir : 16 Août 2015. Ce qu’il me reste à faire : m’entraîner comme si j’étais une professionnelle, tout en conciliant école et vie sociale. Voilà un défi qui saura me donner du fil à retordre, mais qui je sais m’apportera sagesse, discipline et fierté.

Avec parfois certains découragements, mais toujours en gardant focus, je me suis tranquillement affûtée afin de décortiquer mon épreuve et m’imposer à elle comme si c’était une mince affaire. Le jour J s’est évidemment pointée un peu (trop) rapidement le bout du nez, mais j’étais prête et c’est avec calme que je me suis avancée dans l’enclos de départ, tel un bœuf à l’abattoir. La voix dans ma tête  prenait alors autant de conviction que mon rythme cardiaque…«Ça y est Catherine, tu ne peux plus reculer en arrière, alors élance toi et amuses toi!».

À 7h07, le canon a retentit et c’est au gros soleil que j’ai plongée dans l’eau en me démenant pour prendre la tête. Ma force a toujours été la natation, donc c’était mon moment de grâce avant l’ultime étape de vélo. Ma stratégie était donc de nager aussi vite que je le pouvais pour prendre le plus d’avance qu’il m’était possible de gagner.  C’est donc quelques minutes avant les autres filles de mon groupe d’âge que j’ai commencé à me délier les jambes sur un parcours qui offrait tout de même de belles petites cotes digne de ce nom. Heureusement, le temps est devenu plus brumeux et le fait de partir dans les premières vagues de la journée, tout juste après les « pros » m’a permis d’être seule sur le parcours. N’ayant pas d’odomètre ou de montre pour savoir où j’en étais, c’est le souffle court et la route à perte de vue que je me suis élancée en me rappelant cathde ne pas trop partir vite. Heureusement qu’à chaque 5 miles, une pancarte sur le bord de la route m’indiquait où j’en étais afin de bien gérer effort, alimentation et hydratation. En effet, l’alimentation dans ce genre d’épreuve est primordiale afin de maintenir un niveau d’énergie constant. Étant en mode performance, les aliments privilégiés doivent donc être riches en glucides simples, étant donné que notre sang afflue abondamment dans nos muscles et non vers le système digestif. Ceci étant dit, tenter de trouver la meilleure option afin de combler nos besoins, de se réhydrater et diminuer au maximum les crampes intestinales demandent certains tests pré-course. La règle à garder en tête : Ne jamais essayer de nouveaux aliments lors de la journée de compétition. Ayant tout de même un an devant moi pour trouver la recette idéale, j’ai donc testé les gels aux entraînements (une petite pochette qui se glisse dans la main et renferme 27g de glucides pour 41g et 100 calories. Le ratio parfait pour aider le corps à ne pas puiser rapidement dans ses réserves et éviter tout inconfort. À noter que les gels doivent se prendre avec de l’eau afin de diminuer les crampes et gare aux intestins plus sensibles, à qui on conseillera de le prendre en plusieurs petites «gorgées».

Je m’étais donc armée de 3 gels que j’avais planifié prendre à la première transition natation- vélo, au kilomètre 45 et au kilomètre 85, soit juste un peu avant de commencer la course à pied. Heureusement que plusieurs bénévoles étaient positionnés stratégiquement pour nous ravitailler puisque j’ai à ma grande surprise réussi à boire plus de 2 bouteilles d’eau! Pour moi qui a la fâcheuse habitude de ne pas boire suffisamment à vélo, j’étais impressionnée de réaliser à quel point les gels et la température qui prenait des airs du Sud ont influencé mon débit à la hausse.

La partie vélo que je redoutais amèrement s’est somme toute assez bien déroulée, quoi que j’aie perdu une position, en me faisant dépasser par une autre fille de ma catégorie au mile 10. Serrant les dents jusqu’à la fin, ma confiance était tout de même bien augmentée comme j’arborais la monture de course que mon copain m’avait prêtée pour l’occasion, je me devais donc d’avoir fière allure pour la cause.

Vers 11h, j’ai pris part à la portion course à pied, soit un demi-marathon, que je réalisais pour la deuxième fois de ma vie.

Le soleil étant presqu’à son zénith, la chaleur était donc au rendez-vous et ayant à faire 2 tours de 10,5 Km, disons que le parcours ressemblait à une autoroute en pleine heure de pointe.  La veille de la course, j’avais installé des lacets différents sur mes souliers afin de pouvoir les enfiler en claquant des doigts, mais je me suis vite rendu compte qu’ils étaient franchement trop serrés. C’est alors, que concentré à me dire que les picotements qui s’intensifiaient cruellement étaient dans ma tête, je me suis fait dépassée  par une deuxième fille de ma catégorie d’âge. Redoublant d’ardeur et de surprise, j’ai tenté d’accélérer mon rythme, mais je la voyais déjà tranquillement me distancer à chaque pas. Après un tour, mes pieds me faisant extrêmement souffrir, mais considérant tout ce que j’avais enduré, je ne pouvais que continuer d’avancer en gardant en tête que la fin était à ma portée.

Lorsque j’ai tourné le dernier coin et que j’ai vu la ligne d’arrivée au loin, j’ai presque versé une larme tellement j’étais soulagée d’enfin y être! Aussitôt traversée, je me suis écroulée et j’ai littéralement expulsé mes souliers pour évaluer l’atrocité. Mes pieds, légèrement enflés me faisaient souffrir et croyez-le ou non je n’ai plus été capable de me mettre debout pour les 2 heures suivantes… Je termine donc satisfaite de ma performance, qui malgré quelques dépassements, m’a permis d’arriver 3ième dans ma catégorie d’âge, on m’a même remis un trophée rempli de sirop d’érable! Plus encore, je suis fière d’avoir poussé mes limites de la sorte et de m’être convaincue toute l’année que de se lever à 5h du matin en plein hiver vaudrait le coup, parce que oui, au final, ça en vaut la peine. Alors, peu importe l’objectif que vous vous fixez, que ce soit de courir 20 minutes sans arrêt ou de faire un Ironman, soyez fiers de chaque étape qui vous y mènera et surtout savourez-les!

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Catherine